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Abdoul Mbaye sur la situation du Sénégal: ‘’Il faut mieux choisir nos dirigeants’’

Près de 45 milliards liés au contrat d’armement impliquant le ministère de l’Environnement. Une situation ambiguë, selon Abdoul Mbaye qui profité du plateau du Grand-Oral pour revenir sur la situation du pays, des sociétés nationales, de la troisième candidature…
QUE VOUS INSPIRE LE CONTRAT D’ARMES IMPLIQUANT LE MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT SOUS LE SCEAUX DU SECRET DÉFENSE ?

C’est un autre scandale qui s’ajoute à un autre, car ce sont des méthodes qui, malheureusement, existent dans ce pays et c’est dommage. Je précise que depuis 2012, ce sont des affaires qui se suivent et se ressemblent. Ce sont des marchés que l’on passe en dehors de toutes les règles de transparence et d’éthique et on les passe avec des voyous. En 2012, c’était l’affaire Frank Timis. Là, c’est un autre qui est recherché dans plusieurs pays. Il existe des hommes de paille. On se retrouve avec des pertes de plusieurs milliards. Il faut que cela cesse. Ce n’est pas possible de rester muet. Des gens sont au courant et cela crée des troubles.

IL Y A BEAUCOUP D’INTERROGATIONS SUR LA QUESTION AUSSI ET SUR LA NATURE DU CONTRAT. PEUT-ON EXIGER UNE ENQUÊTE PARLEMENTAIRE À CE SUJET ?

Il n’y a que de la tricherie autour avec des personnes non recommandables, des trafiquants. On ne peut pas couvrir ces achats par le Ministère de l’environnement. Je suis contre cette situation désastreuse et il faut y mettre un terme. Nous avons plus d’un million de personnes qui ont faim. Quand on parle de secret défense, on ne peut pas acheter des armes pour des civils et évoquer le secret défense pour la surveillance de l’environnement. Il faut au moins s’en ouvrir à l’Armée. Le secret défense ne peut pas empêcher l’enquête. On va vers des périodes troubles et ces armes peuvent servir pour le 3e mandat. Il faut aussi apporter des éclairages à ce sujet. J’ai fait un tweet quand cela est arrivé. J’ai dit qu’il appartient à l’armée de faire cette commande et cela relève de la sécurité nationale. Elle peut apporter son soutien aux agents des eaux et forêts, mais là, ce sont des civils et c’est anormal. C’est un gros problème. Il y a un non-dit. C’est le cas de Frank Timis qui est présenté comme un homme d’affaires, alors que c’est un délinquant. La réputation du pays en dépend aussi. C’est un scandale international, les journaux du monde en parlent. En 2019, il y a eu le scandale des poteaux électriques en béton avec un marché de 500 millions qui est passé à 36 milliards de FCFA.

QUE FAUT-IL ATTENDRE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE QUI VEUT UNE CLARIFICATION ?

Cette assemblée nationale, avec la forte représentation de l’opposition a montré un autre visage, celui de défenseur des intérêts des populations. Il faut une enquête et savoir pourquoi cette intention manifeste de contourner la loi. Je suis sidéré.

ON DIRAIT QUE LES EXPLICATIONS DU GOUVERNEMENT N’ONT PAS CONVAINCU ?

J’ai lu leur communiqué , ils ne disent pas pourquoi ils ont choisi cette société ou ce monsieur, recherché dans un Etat et dans d’autres pays. Il faut que la population soit édifiée. C’est clair que cela sent le roussi. Il faut mettre ça au clair.

94 MILLIARDS, 64 MILLIARDS DU PRODAC, 45 MILLIARDS D’ARMES, MAIS TOUT CELA ON EN PARLE ET ON OUBLIE ?

Mais c’est aussi la faute des concitoyens qui n’en parlent pas. Il faut aussi les traiter cas par cas. Un scandale en chasse un autre. C’est une tradition et cela ne va pas s’arrêter.

LA MAJORITÉ N’EST PLUS EN POSITION TRÈS CONFORTABLE, EXISTE-IL DES RISQUES DE BLOCAGE ?

Il faut que les gens s’intéressent au débat et au budget. Un budget qui, comme d’habitude, passe comme lettre à la poste c’est révolu. Mais cette année, les députés vont s’y atteler. Car il s’agira d’être plus clairvoyant et entamer des discussions. Il y a hausse du budget certes, mais le budget traduit l’échec économique et financier dans lequel le pays a été plongé par Macky Sall. Il ne faut pas se glorifier de ses dépenses. La deuxième chose, c’est qu’il y a un record de dépenses et on gonfle hors-la-loi cette dépense. Vous avez la loi organique qui organise la loi de finances et précise que l’amortissement de la dette ne devait pas être pris en compte. Vous avez 5 milliards et quelques millions et vous ajoutez aussi quelques millions qui sont l’amortissement de la dette. Cela n’a pas de sens. C’est une absurdité que l’on présente et on bombe le torse. Au niveau de l’UEMOA, vous avez un critère de convergence censé traduire une gestion correcte de votre économie. Vous avez l’inflation avec en deçà de 3%, il faut conserver le déficit budgétaire par rapport au PIB budgétaire en deçà de 3%.

Le budget du pays présente un taux d’inflation de 6% et qui va atteindre le plafond. Et un taux d’endettement supérieur à 70%. Cela veut dire que vous êtes hors du coût et vous êtes par terre. C’est grave car on a plus de marge de manœuvre pour le futur. Quand on combat l’inflation, il table sur la subvention. Quand on augmente le déficit, on est obligé de le financer. On est dans un cercle vicieux dont on ne sortira pas. C’est pourquoi il y a de l’agitation sur les DTS (Droits de tirages spéciaux), qui sont des dons. Mais il ne faut pas organiser du vol dans votre pays et des marchés avec des filous. La croissance de 10,1% de taux de croissance est impossible. Il parle de 6 400 milliards avec un taux de croissance à 10,1%. Le Fmi parle de 8,5%. Autant de bizarreries qui font que les choses restent floues. Les banques seront encore prudentes et cela deviendra difficile d’avoir du crédit. Ils ont gonflé le secteur primaire avec des chiffres fabriqués.

LES SOCIÉTÉS NATIONALES COMME LA POSTE ONT DES PROBLÈMES. QUE FAIRE FACE À CETTE CRISE. ?

Avez-vous entendu parler d’une lettre de mission donnée au DG de la poste ? Quand vous arrivez à la tête d’une institution on vous donne comme mission celle de la redresser. Il faut des objectifs et rendre compte au personnel aussi. Mais quand on nomme un politicien avec un trésor et qu’on lui demande de gagner des élections, comment cette institution sera protégée contre des attitudes de prédation ? Le président qui nomme ne cherche que cela avec une dégradation de la gestion.

POURQUOI NE PAS ADOPTER LES RÈGLES DE GESTION DU PRIVE AU PUBLIC ?

Il faut des spécificités, mais les gestions restent les mêmes. On gère des rentabilités, mais pas des déficits. La Poste ne peut pas rester telle qu’elle est. Il faut aider ce grand réseau, le sauver et lui trouver des clients. Mais là, il faut faire un choix.

AVEC CETTE MOBILISATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE QUI DEMANDE À MACKY DE NE PAS SE PRÉSENTER, AGITE-T-ON UN DÉBAT POUR RIEN ?

Macky entretient le flou et c’est suspect. Parce que la loi est claire et il a déjà dit qu’il ne peut pas être candidat. Il y a des indices qui le prouvent. Car je n’ai pas les mêmes repères. Je donne aussi un respect à ma parole. Quand vous êtes chef de l’Etat devant Dieu et de son peuple, il faut respecter sa parole. Il est habitué au déni. Quand c’est non, il vous écarte et quand c’est oui, il vous maintient. Il y a l’absence de progrès et c’est un recul démocratique que vit le pays. Nous sommes tous concernés, mais il faut mieux choisir nos dirigeants. Je reste convaincu que ce 3e mandat n’aura pas de sens et va causer du tort au pays avec des vies perdues. Mais le drame c’est que je suis convaincu que des gens le cherchent et donc avec des armes tirant des balles réelles, comme en mars dernier. C’est ce que je redoute. Pourquoi cet armement opaque. Nous sommes dans une période trouble et on espère qu’il va se prononcer et rester dans les logiques de la démocratie. J’espère que Macron sera dans cette perspective, comme le secrétaire d’État américain.

ON A LE SENTIMENT D’AVOIR FAIT DU SURPLACE AVEC LES CONDITIONS DE VIE DES SÉNÉGALAIS ?

Il y a le budget et ce que vivent les populations en dégradation. C’est une réalité. Il suffit de faire le tour du pays. Le bilan est là. Il y a une dégradation des conditions de vie et de la pauvreté. Les causes peuvent aussi être endogènes comme exogènes. Il y a aussi l’allègement nécessaire avec la méthode principale mais négligée. Le meilleur moyen d’améliorer les conditions, c’était de leur donner du revenu, des perspectives de substitution des produits. Mais ils sont champions des slogans. On parle de souveraineté alimentaire, qu’est ce qu’on voit aujourd’hui ? En 2020, on s’est réfugié sur le mensonge sans travailler. On tient les conseils interministériels sur l’agriculture, mais rien. A quoi doit-on juger la réussite ou non d’un chef d’État? J’ai fait le Ter, j’ai terminé l’aéroport…mais le débat aux Usa, c’est le pouvoir d’achat. Mais que faire avec ces gens qui veulent rester ? L’aéroport qui l’a commencé et qui l’a terminé ? L’autoroute aussi. Mais un Etat fonctionne comme ça, c’est une continuité. Qu’on arrête de nous sortir des conneries.

ALORS SEREZ-VOUS CANDIDAT POUR LA PRÉSIDENTIELLE ?

Bon je suis dans un parti et avec des structures. Je laisse à mon parti en prendre la décision. MOMAR CISSÉ

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