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Morts suspectes en détention : Des enquêtes annoncées mais jamais bouclées

La longue liste des morts dans les lieux de détention s’allonge encore. Plusieurs personnes ont perdu la vie dans les geôles des commissariats. Le décès de François Mancabou, survenu dans la nuit de mercredi à jeudi, à l’hôpital Principal de Dakar (HPD) après sa garde à vue au Commissariat centrale a suscité l’émoi et la consternation chez une large frange de la population sénégala. Beaucoup parlent de zones d’ombres pendant que le procureur de la République charge à volonté le défunt.

La mort de François Mancabou sera-t-elle élucidée comme tant réclamée par les organisations des droits humains? Au regard de bon nombre de cas de décès survenus dans les lieux de détention et qui sont jusque-là sans coupable, le doute est permis. Des enquêtes sont annoncées. Mais sont-elles réellement ouvertes ? Ont-elles été bouclées ? jusque-là aucune information n’a filtré sur ces nombreux cas d’homicide dans les commissariats et autres prisons du Sénégal.

Mbour. Dans la nuit du mercredi au jeudi 21 octobre 2021, El Hadji Thiam a été interpellé au cours d’une rafle par les éléments du commissariat de Mbour. Ce jeune homme aurait été «roué de coups qui l’ont conduit à l’hôpital». Il a finalement perdu à la vie dans des circonstances scabreuses.

La famille a ouvertement accusé la police de l’avoir battu à mort. Elle a exigé une autopsie et avait porté plainte devant le Tribunal de Grande instance de Mbour. L’enquête serait toujours au point mort.

En juin 2021, Abdou Faye, complice présumé de Baye Modou Fall dit Boy Djinné, se serait suicidé au commissariat central de Dakar où il était en détention. C’est une version servie par la police. 

Il se serait pendu aux grilles du système d’aération des toilettes, avec un bout de fil ou de tissu qu’il aurait dissimulé dans son vêtement, telle est la version servie par l’autorité administrative.

Il nous revient à ce sujet que toutes les pièces du commissariat central sont dotées de caméras de surveillance, sauf les toilettes.

En aout 2021, le détenu Daouda Coulibaly aurait subi «des sévices corporels et autres actes de torture» jusqu’à ce que mort s’en suive, dans la chambre d’isolement numéro 1 de la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Bakel. C’est en tout cas, l’information parue à la Une de presque toute la presse sénégalaise.

La Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), la Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSDH) et Amnesty International Sénégal qui citent des sources hospitalières, ajoutent que le corps du défunt qui présentait des «traces de violence», a été déposé au centre de santé de Bakel par des agents de l’administration pénitentiaire, le samedi 24 juillet 2021 à 06 heures 33 minutes.

L’administration soutient, selon ces organisations, que «le détenu qui en était à sa deuxième tentative d’évasion en vingt-quatre heures. Il a été rattrapé et battu par les riverains de la prison. Une version des faits contestée par des personnes interrogées par ces organisations.

Suffisant pour ces organisations, de demander l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale pour faire la lumière sur les circonstances du décès du détenu Daouda Coulibaly, de nationalité malienne.

En septembre 2021 Cheikh Niasse, en vacances au Sénégal et pour les besoins du Magal de Touba, fraichement arrivé de France a fini par se retrouver à la prison du Cap Manuel où il est passé de vie à trépas. Au menu de cette affaire plus que mystérieuse, des questions fusent de partout.

En effet, le défunt Cheikh Niasse avait été interpellé par les limiers de Wakhinane Nimzatt. A la suite d’un banal contrôle de routine de son véhicule, il s’en est suivi une vive altercation, qui lui avait, finalement, valu d’être déféré au parquet puis placé sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt et de correction du Cap Manuel. Il est décédé dans cette prison dans des conditions ténébreuses. Pourtant, rapporte sa famille, Cheikh Niass ne souffrait d’aucune maladie lorsqu’il avait été arrêté par la Police. Ces proches qui nourrissaient des soupçons de «tortures et sévices corporels» ont attendu impatiemment les résultats de l’autopsie qui ont conclu à une mort des suites d’une «infection grave de la Covid 19» et «des complications d’un diabète sévère».

Ces quelques cas très récents constituent l’arbre qui cache la forêt. En effet depuis une décennie, plus d’une vingtaine de mort dans les prisons sont dénombrés sans qu’une enquête sérieuse ne soit diligentée et menée à terme. Curieusement à chaque fois l’autopsie conclut à une mort naturelle, accidentelle ou suite une patibulaire infection qui n’avait jamais été déclarée par la victime à sa famille. Et pourtant à l’opposé, en cas d’homicide au Sénégal, les forces de défense et de sécurité sont si efficace que les présumés auteurs sont alpagués dans les heures qui suivent, l’enquête bouclée et transmise au Juge. 

Fana CiSSE

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